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Un film sur les juifs de Tinghir (article paru sur l’économiste)

Article paru sur l’économiste (édition du 11 septembre rubrique culture)

« Echos du Mellah à Tineghir », c’est le titre d’un documentaire sur lequel travaille activement Kamal Hachkar, 32 ans, et qui porte sur l’histoire de Tineghir, sa ville natale, et en particulier sur la présence juive dans cette région. « Mes parents ont immigré en France quand j’avais à peine six mois et mon père a travaillé comme ouvrier dans des centrales nucléaires, un peu partout en France », raconte-t-il.

Aujourd’hui, Kamal enseigne l’histoire dans un lycée en région parisienne, après avoir effectué des études à la Sorbonne à Paris. « J’ai présenté une maîtrise sur la dynastie des Adarissa car je me suis toujours intéressé à mon pays, à son histoire, à mes origines. Chaque année, je me rends à Tineghir pour voir mes grands-parents qui y habitent encore », confie-t-il. Après quelques recherches sur l’histoire de Tineghir, le jeune historien a découvert que cette région comptait par le passé une forte communauté juive, qui vivait en total harmonie aux côtés des Marocains.

C’est alors qu’il a décidé de réaliser un documentaire sur cette communauté et les raisons de son départ précipité, car aujourd’hui, il ne reste aucun juif à Tineghir. Ils sont tous partis en 1964. Et cette partie importante de l’histoire de la ville risque de tomber dans l’oubli.

Nombreux témoignages nostalgiques

« Les juifs et les berbères ont vécu dans une coexistence pacifique extraordinaire pendant plus de 2.000 ans et aujourd’hui, c’est le vide total. Les seules traces sont celles des morts, qui reposent dans deux cimetières de la ville. La synagogue est devenue une maison d’habitation. L’école de l’alliance israélite ouverte en 1950 est devenue une banque », témoigne le jeune professeur.

Ce dernier, passionné, a interrogé plusieurs personnes sur leurs souvenirs. Ses grands-parents en particulier lui ont raconté des histoires et des anecdotes sur le passé, avec beaucoup de nostalgie et de regrets… Kamal Hachkar a également recueilli de nombreux témoignages de nostalgie en Israël, où il s’est rendu à la rencontre des juifs de Tineghir. « J’avais envie de comprendre les raisons de leur exil, de leur arrachement à leur terre ».

Il a rencontré aussi des personnalités, parmi lesquelles Simon Levy, secrétaire général de la Fondation du patrimoine culturel judéo-marocain et directeur du Musée du judaïsme marocain.

Le film sera prêt dans quelques mois

Son avancement dépendra des financements que l’historien pourra collecter. Il a déjà bouclé 30 heures de tournage. Comme il le rappelle, « l’histoire du Maroc est composée d’identités multiples. Et ces diversités constituent un atout pour combattre le fanatisme et l’intolérance ».

Kamal Hachkar préside aussi l’association « Créations Mosaïques », qui vise à développer les échanges culturels en Méditerranée. Il est membre de l’association « Parler en paix », où l’on apprend à parler l’arabe et l’hébreu.

Nadia BELKHAYAT

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