Le mythe de l’abandon de Didon par Énée sert à expliquer la longue hostilité qui a prévalu entre Rome et Carthage.
par : Vergilia
Didon se donne la mort en maudissant Énée qui l’a abandonnée : les Romains comprennent ainsi l’origine des longs conflits qui les ont opposés aux Carthaginois, au cours des trois guerres puniques.
Carthage a progressivement agrandi son territoire et sa richesse. Elle possédait notamment un territoire fertile en Afrique du Nord. Cette cité d’origine phénicienne était très tournée vers la mer et le commerce, à tel point qu’elle allait jusqu’aux Îles Britanniques pour chercher l’étain.
Elle signa avec Rome plusieurs traités, en -509, en -348, en -306 puis en -279, alors que Rome et Carthage avaient en Pyrrhus un ennemi commun. En effet, ce dernier était venu en aide à Tarente contre Rome et à Syracuse contre Carthage.
Le traité de -279 délimitait les zones d’intervention respectives de Rome, Tarente et Carthage en Italie et en Sicile. Mais le départ de Pyrrhus et la prise de Tarente par les Romains laissaient Rome et Carthage face à face.
La première guerre punique, de -264 à -241
D’après le traité de -279, Rome n’avait aucune raison d’intervenir en Sicile. Mais le but de cette guerre, dont il semblerait que les Romains aient pris l’initiative, était le butin ainsi que le contrôle d’une position stratégique et commerciale exceptionnelle : le détroit de Messine.
La guerre dura un peu plus de vingt ans et, malgré quelques périodes désastreuses pour Rome, celle-ci devint une grande puissance navale. C’est en -241 que Carthage, épuisée, demanda la paix et abandonna la Sicile qui devint le première province de Rome.
Les conditions de la paix de -241 sont dures pour Carthage : elle doit céder la Sicile et payer une très forte indemnité de guerre. De plus, les Romains en profitèrent pour annexer la Sardaigne et la Corse, choses qui n’étaient pas prévues par le traité de -241. D’autre part, Carthage a subi une révolte de ses troupes mercenaires qui, de fait, ne pouvaient plus être payées.
C’est Hamilcar Barca qui calma les ardeurs de la rébellion au bout de quatre ans. En -235, Hamilcar débarqua à Gadès (Cadix) pour organiser et développer les possessions espagnoles de Carthage. Sa constitution d’un véritable État carthaginois en Espagne permit à Carthage de reconstituer ses finaces et de payer sans trop de mal l’indemnité de guerre.
Le monde ibérique comprenait également des mercenaires réputés qui formèrent une partie importante de l’armée d’Hannibal.
La deuxième guerre punique, de -219 à -202
La politique d’Hannibal pour gagner Rome était de nouer des alliances avec les populations qui y étaient soumises en leur promettant la liberté : ainsi il passa chez les Gaulois, les Étrusques, les Grecs et même les Italiens.
Seule l’hostilité de Marseille lui imposa le passage par les Alpes.

Après la victoire de Cannes, Hannibal signa des traités avec Capoue, les Lucaniens, les cités grecques de l’Italie du Sud. Il noua enfin des alliances avec Philippe V, roi de Macédoine, et Syracuse.
Après Cannes, Hannibal n’a pas marché sur Rome parce qu’il savait qu’il ne possédait pas un matériel de siège suffisant pour prendre une ville aussi bien fortifiée et parce qu’il espérait qu’après leurs défaites les Romains demanderaient la paix.
Il ne voulait pas détruire Rome, seulement en diminuer la puissance et assurer l’hégémonie carthaginoise. Mais ses plans furent compromis par la résistance des armées romaines. Les Carthaginois n’eurent plus de base navale et Hannibal ne put s’emparer de Naples et de l’Acropole de Tarente.
En -212, les Romains prirent Syracuse et c’est en -210 que Carthagène, base de départ de l’armée carthaginoise en Espagne, tomba sous les coups de Publius Scipion. Ce dernier se rendit maître de l’Espagne en -211, privant ainsi Carthage d’un appui important.
Les Numides, qui cherchaient à gagner leur indépendance, devinrent les alliés de Rome. Ainsi, la cavalerie numide changea de camp et, lors de la bataille de Zama, c’est elle qui emporta la décision, ce qui obligea Carthage à capituler.

À nouveau, les conditions de paix furent dures : Carthage dut abandonner ses possessions espagnoles, céder ses navires, ses éléphants, payer des indemnités de guerre pendant 50 ans. De plus, les Carthaginois furent contraints de céder d’importants territoires aux Numides.
Pour Rome, la fin de cette deuxième guerre punique marqua une étape capitale : elle n’avait plus aucun adversaire à sa taille dans le bassin occidental de la Méditerranée.
Cependant, la guerre a aussi des conséquences négatives.
En plus des pertes humaines considérables, elle a aussi eu des conséquences économiques et sociales.
La crise financière fut vite dépassée grâce aux indemnités de guerre et aux ressources en métaux précieux de l’Espagne, mais l’économie fut désorganisée.
En effet, les petits propriétaires étaient morts à la guerre ou trouvèrent à leur retour leurs champs dévastés.
Pour nourrir l’Italie, on dut importer des quantités de blé de Sicile et de Sardaigne, ce qui fit baisser les prix et contribua à ruiner les paysans qui produisaient encore.
Ce déséquilibre économique créa une classe pauvre de citoyens libres qui vinrent à Rome dans l’espoir d’y trouver du travail mais ne firent que grossier la clientèle des citoyens les plus riches.