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Ce festival a été organisé par la Fondation Essaouira Mogador et la Fondation des Trois Cultures (juive, chrétienne et musulmane). Ces institutions ont à cœur le dialogue des cultures.
La cinquième édition du festival des Andalousies (30 octobre au 1 novembre 2008) fut un moment magique et hors du temps : un hommage vibrant fut rendu à feu Samy El Maghribi par une pléiade d’artistes venus d’horizons différents dont sa fille Yolande Amzallag. Ce grand artiste, une figure majeure du patrimoine musical marocain, a reçu à titre posthume des mains de Monsieur Azoulay, représentant le Roi, le Wissam du mérite national de l’ordre de commandeur. Messody Amzallag, veuve de l’artiste, Yolande et son fils Michael étaient présents sur scène pour recevoir cette distinction.
La programmation musicale fut riche et de haute tenue : des moments joyeux où le public était en symbiose avec les artistes. Il fallait voir la présence sur scène de Maxime Karoutchi où les festivaliers reprenaient en chœur les chansons populaires du répertoire marocain. Abdelkrim L’Amarti, surnommé le rossignol andalou, nous a conquis avec sa belle voix et la maîtrise de son art. Le groupe El Gusto, regroupant des musiciens juifs et musulmans d’Algérie que l’histoire avait séparés, a donné son premier concert dans un pays arabe. Marina Heredia, merveille du flamenco, a enflammé la salle. Tous ces artistes et d’autres ont fait de ce festival un hymne à l’ouverture et aux métissages.
Le lendemain des concerts, nous nous retrouvions dans cette belle demeure Dar Souiri afin d’échanger autour d’un forum sur les identités multiples et les musiques métisses, des intermèdes musicaux entrecoupaient les interventions des uns et des autres. Ces échanges furent souvent d’une grande qualité. On se prenait à rêver qu’un même évènement puisse se produire un jour à Ashkelon en Israël où vivent de nombreux compatriotes juifs marocains mais aussi à Ramallah. On pourrait très bien imaginer comme ce fut le cas dans un passé pas si lointain, le Maroc jouer un rôle prépondérant dans le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens. Lors de ces forums, les artistes étaient présents. Yolande Amzallag a exprimé son émotion d’être là et son désir de transmettre cet héritage immatériel que son père lui a légué. Elle a également rendu hommage au travail d’André Azoulay, notamment à cet esprit qui prévaut durant ce festival, à savoir « l’art au service du politique ». Elle a estimé que le propre de l’art est d’unifier.
Cet évènement a été une véritable réussite car il demeure un festival intime c’est-à-dire une rencontre culturelle à taille humaine. Absence de tout protocole, on peut aisément discuter avec les artistes, faire connaissance avec des personnalités singulières. Si le but premier est l’échange avec l’autre, c’est un pari gagné. La particularité et l’histoire de la ville d’Essaouira offrent une dimension originale. Cette très belle ville adossée à l’Atlantique nous donne l’impression presque charnelle de revivre cette expérience de coexistence entre les trois cultures, ce qu’a pu être l’âge d’or andalou. Nous voulons croire que la musique adoucit les mœurs. Moment de communion forte où juifs, chrétiens, musulmans et agnostiques se retrouvent autour des musiques métisses. La musique permet sans doute plus que tout autre art le dialogue des cultures, le passage des émotions quelles que soient nos origines culturelles respectives. Ce festival initié par André Azoulay met en valeur ce Maroc pluriel que nous appelons de nos vœux.
Il est primordial que nous nous réapproprions notre patrimoine afin d’en faire un lieu d’échange avec les autres. Le Maroc, à ce titre, peut être un exemple en ces temps où le désordre mondial inquiète. De fait, cet évènement est une pierre parmi tant d’autres pour construire un monde plus apaisé et montrer que les oppositions factices sont meurtrières.
La fin du festival a été l’occasion de poursuivre le dialogue avec les personnes rencontrées tout au long de ce beau rendez-vous. Avec Vanessa Paloma, une artiste américano-colombienne : nous avons visité la synagogue Haïm Pinto, merveilleusement bien restaurée. Sa grand-mère était originaire de Tétouan. En ce lieu, elle a chanté une très belle prière. Yolande Amzallag et son fils Michael déambulaient dans les rues de la médina. Ils souhaitaient se rendre à la synagogue et au cimetière juif à l’extérieur des remparts de la ville. Lorsque nous étions par ce temps pluvieux à l’intérieur du mausolée donnant face à l’océan, nous avons sympathisé avec des Israéliens d’origine marocaine ; j’ai conversé avec eux avec les quelques notions d’hébreu que je connais. Ils étaient surpris et étonnés. Je leur ai dit que je suis en train de préparer un film documentaire sur la présence juive à Tinghir. Cet après midi dans ce mausolée avec ce temps pluvieux était un moment magique, émouvant et sublime. Dès qu’ils ont su que Yolande était la fille de Samy, ils se sont mis à chanter quelques chansons de son répertoire. Michael a immortalisé ces moments avec sa caméra.
En aparté, Yolande me confiait qu’elle avait été très émue de cet hommage rendu à son père, « un moment magique et inespéré », elle ne pensait pas qu’elle allait renouer avec ses racines marocaines de cette façon-là. D’autant que pour elle, ce fut une double renaissance : renouer avec sa marocanité et sa vocation de chant. Yolande Amzallag s’est aussi souvenu de cette ambiance qui régnait dans l’intimité familiale lorsqu’elle était enfant, écolière parisienne : « à la maison, c’était le Maroc, le salon, les artistes, ma mère qui cuisinait de délicieux mets ». Elle n’a jamais eu aucun mal à affirmer son identité marocaine et juive. Pour son fils, Michaël, son lien avec le Maroc est plus intérieur et imaginaire. C’est son deuxième voyage au pays et pourtant quelque chose de familier est présent, sans doute un lien qui s’est préservé sans langue, sans attache géographique mais par des histoires, des anecdotes transmises par son grand-père.
En ces temps où le fanatisme progresse, les arts et la culture peuvent être le meilleur moyen d’endiguer l’intolérance, la méconnaissance et le repli identitaire. Ce festival assume la dimension identitaire plurielle du Maroc et c’est sans doute sa raison d’être.
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